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PROCÈS EN CONTREFAÇON CONTRE MICHEL HOUELLEBECQ : LES ENJEUX AVANT LE DÉLIBÉRÉ DU 18 JUIN AU TRIBUNAL JUDICIAIRE DE PARIS

  • Photo du rédacteur: Gabriel Mbarga
    Gabriel Mbarga
  • il y a 1 heure
  • 7 min de lecture

Michel Houellebecq est poursuivi dans ce dossier pour contrefaçon, dans son roman à succès Soumission (Flammarion), de l’œuvre de El Hadji Diagola, un auteur inconnu ayant remis son manuscrit à Gallimard puis à Flammarion, présentés comme les commanditaires du plagiat. L’affaire devrait trouver un premier épilogue, au fond, ce 18 juin, à la 3ème chambre civile du Tribunal Judiciaire de Paris.





C’est un procès sur une œuvre littéraire, qui rassemble en lui-même tous les ingrédients d’une saga judiciaire…romanesque : un scenario vertigineux, des personnages de composition, une odyssée dans le temps, de la dramaturgie et du suspense ! C’est l’histoire d’un illustre anonyme, un prospect littéraire quelque peu hardi contre un druide, un Goncourt ayant pour montures deux mastodontes de l’Edition !

Sieur El Hadji Diagola assigne les Editions Gallimard et Flammarion ainsi que l’auteur Michel Houellebecq en justice pour contrefaçon, indexant un livre qui culmine alors au sommet de la pyramide des ventes, et paru 5 années plus tôt ! Le 06 janvier 2020, donc, la procédure de El Hadji Diagola est lancée, soit la veille de l'expiration du délai de prescription de 5 ans (le livre en cause, Soumission, avait été publié le 07 janvier 2015 ; à un jour près, c'était mort !).

 

La chronologie des faits : de l’antériorité de l’objet !

 

Au mois de janvier 2013 les Editions Gallimard reçoivent un manuscrit signé d’un certain El Hadji Diagola. Le texte se présente sous la forme d’un roman et titre La Chute des barbelés. Le récit, où se trame l’arrivée d’un président musulman d’origine africaine à la tête de l’Etat français à l’issue d’élections, est refusé par la célèbre Maison d’édition, deux mois plus tard. Nous sommes en Mars 2013, et le premier chapitre de l’intrigue vient d’être écrit : refus du manuscrit La chute des barbelés de l’auteur Franco-Sénégalais El Hadji Diagola par les Editions Gallimard !

La suite ne tarde pas. 2014 : El Hadji Diagola, qui croit en son oeuvre (ou à sa bonne étoile), renvoie une nouvelle présentation de son roman, intitulée, cette fois, Un musulman à l'Élysée, à l’autre maison du groupe Madrigall, Flammarion (et Castermann) ! Nous sommes avant le 06 Août 2014, date à laquelle la maison Flammarion signifie à Diagola le refus de son texte, par courriel.

Rideaux !?

Non !


SIX ANS DE PROCÉDURE, DE LA FORME AU FOND : LA JUSTICE BALANCE

 

L’adversaire est puissant, organisé, rôdé à l’exercice et dispose d’une unité de professionnels qui vont d’abord imposer un défi procédural au demandeur.

Le 12 Mai 2022, le sort de l’assignation semble scellé d’entrée de jeu avec une démonstration clinique du conseil de Michel Houellebecq et des éditeurs, Me Yvan Diringer : le Tribunal judiciaire de Paris la déclare irrecevable pour défaut de qualité d’auteur de l’écrivain Franco-Sénégalais, du fait de la présence d’emprunts dans son manuscrit et le condamne aux dépens à verser respectivement 5.000 € à chacun des trois défendeurs (15.000 €, plus que son revenu annuel). Me Jean Baptiste Ngandomane, son conseil, dira que « la procédure est l’art de vaincre sans avoir raison », reprenant à propos, l’écrivain Sénégalais Cheikh Amidou Kane, Grand prix littéraire d’Afrique Noire 1962, pour son œuvre « L’aventure ambigüe » (1961).  Il fera appel.

 

Février 2023, audience d'appel.

12 mai 2023, un an jour pour jour plus tard, la Cour d’appel de Paris infirmera le jugement d’irrecevabilité en précisant que la façon dont la question avait été posée au tribunal « devait nécessairement être rejetée ». Elle tranche que Monsieur Diagola a la qualité d’auteur de l’ensemble de son manuscrit.

Le juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Paris, chargé de l’instruction du dossier, rejettera la demande d’expertise et autres mesures d’instruction sollicitées par M. Diagola par ordonnance du 29 février 2024. Me Ngandomane en contestera l’impartialité en l’estimant « éloignée de toute arithmétique juridique ». C’est dans ces conditions que la procédure est renvoyée au fond pour l’audience de plaidoirie du 12 janvier 2026.


Audience de plaidoirie du 12 janvier 2026

Il restait maintenant à Diagola et ses conseils de démontrer leurs prétentions : antériorité et originalité du manuscrit ainsi que matérialité de la contrefaçon dans le roman Soumision. En face, la défense, sûre d’elle, déclame dès l’entame : « Monsieur El Hadji Diagola prétend être l’auteur d’un roman « d’anticipation […] imaginant l’arrivée au pouvoir en France d’un président musulman [...] vers 2050 », dont le manuscrit aurait été remis en janvier 2013 aux Editions Gallimard sous le titre La chute des barbelés, puis aux éditions Flammarion en 2014 avant d’être publié le 7 septembre 2015 par les Editions Edilivre, sous le titre Un musulman à l’Elysée.

Au prétexte que le livre Soumission paru chez Flammarion le 7 janvier 2015 évoque l’accession à la Présidence de la République d’un homme de confession musulmane, il accuse son auteur, Michel Houellebecq, son éditeur, la Société Flammarion, et les éditions Gallimard, d'avoir repris les « traits caractéristiques » de son œuvre dans « la composition et l’expression des scènes marquantes, des mots, des expressions, prénoms, noms des personnages, de nombreux passages ont été repris ou réécrits », et s’être ainsi rendus coupables de contrefaçon, subsidiairement de « concurrence déloyale et/ou parasitisme » et « à titre principal ou complémentaire et/ou infiniment subsidiaire […] d’enrichissement injustifié (SIC) ».

Se prévalant d'atteintes à ses droits patrimoniaux comme à son droit moral, il a saisi le Tribunal Judiciaire de Paris près de 5 ans

après la parution de Soumission, pour solliciter non moins que 40% du chiffre d’affaires généré par l’exploitation du roman Soumission et 32.800.000 d’euros de dommages et intérêts outre une demande d’expertise et de communication de pièces. » Le demandeur justifiait le montant de ses demandes qu’il estimait supérieures au caractère systémique de la contrefaçon, « les éditeurs étant, commanditaires et coauteurs de la contrefaçon ».

 

Autant le dire, le rejet de l’accusation semblait résumer le mieux le procès.

12 janvier 2026 : après la démonstration de l’antériorité et l’originalité du manuscrit du demandeur, l’exposé sur la matérialité de la contrefaçon dans le roman Soumission

Ce que le grand public désigne par plagiat n’a pas de qualification juridique, c’est un terme de salon : le droit parle, lui, de contrefaçon. Et la contrefaçon suppose l’antériorité et l’originalité de l’œuvre demanderesse et la matérialité des éléments contrefaits dans le roman Soumission.

 

Maintenant que les débats sont rendus sur le fond, en droit, que la qualité d’auteur de son œuvre a été reconnue à Diagola, l’accusation passe à l’offensive : d’abord, sur la matérialité de la contrefaçon, au-delà de l’idée générale (l’accession d’un musulman à la tête de l’Etat français). Me Ngandomane qualifie même Michel Houellebecq de « Réécrivain » ! Il parle de réécriture dans Soumission du manuscrit de El Hadji Diagola. Il dépose une technique rôdée des accusés, structurée aux plans narratif et thématique.

 

Au plan de la narration, il relève une ligne de lecture identique à travers deux récits de substitution.

Au plan thématique, une intrigue générale identique : l’accession au pouvoir en France d’un président musulman d’origine africaine à l’issue d’élections, avec la même structuration thématique dans un ordre différent facilité par le récit de substitution, la même spatialisation du récit en France, les mêmes enjeux et issues : la réussite du projet politique que ni les tentatives de fractionnement de l’intrigue, ni les sujets de digression n’ont réussi à dissimuler ;

Il soutient que le jeu des personnages est le même, malgré ce qu’il entend comme une « ruse », dans Soumission, d’un président musulman muet dont la parole est portée par un personnage secondaire et le rajout de personnages de brouillage, Il cite des passages du roman ironisant sur l’incapacité du demandeur à prouver le plagiat, ce qu’il appellera « l’impuissance apprise ». Me Ngandomane relève 70 occurrences entre le manuscrit et le roman, 40 parallèles narratifs  et soutient que le fil conducteur de la contrefaçon est la réécriture, doublée d’une grande dextérité à divertir à travers des digressions, dont la trame principale pourrait aisément se passer car leur unique fonction est de dissimuler. Par les propres anecdotes publiques de sa galaxie, les talents de « Réécrivain » de Michel Houellebecq sont connus depuis sa 1ère année en Agro et ses œuvres toujours querellées Les particules élémentaires ou La carte et le territoire… Une technique décryptée et revendiquée : un art du « tissage » qui le placerait en deçà de Georges Perec.

Réécriture fonctionnelle : l’on retrouve le même récit-cadre qui correspond à l’intrigue générale identique ; l’on introduit des récits enchâssés dans Soumission avec des sujets de digression pour faire diversion. Réécriture par la création de personnages de brouillage et de dissimulation comme Joris-Karl Huysmans. Réécriture par la substitution des noms de personnages affectés à des rôles différents dans l’œuvre contrefaisante. Réécriture stylistique ; par l’ajout, la substitution, la permutation ou la suppression d’un mot ou d’un groupe de mots. Réécriture formelle : par la reprise des formes d’écritures : poésie, entame. Réécriture positionnelle : déplacement des points repris au début du manuscrit vers la fin du roman et vice-versa…

L’argumentaire de Me Ngandomane est un inventaire à la Prévert du manuel parfait du « Réécrivain », une sorte de génie qui se nourrit de l’imaginaire et des rêves pour en faire des thrillers jouissifs avec des enquêteurs imaginaires aux trousses de celui qui se dit Sheakspeare, qui est par ceux qui ne sont êtres ou juste néant.

Les défendeurs soutiennent que les deux œuvres sont différentes et que le projet politique du roman repose sur la charia. Pourtant, l’un des points d’occurrence soulevé par le demandeur est relatif à la présidence modérée…un repentir du manuscrit, une objection par anticipation ?

Depuis, la justice balance : la décision au fond prévue le 19 mars 2026 a été reportée au 07 mai et désormais au 18 juin 2026, six mois après la plaidoirie, l’on attend la fumée blanche.

 

Gabriel Mbarga, Matin d’Afrique Media



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